La gestion des générations: le défi du coach des diables!

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La plupart des organisations sont amenées à faire travailler ensemble différentes générations de personnes. Le monde du football ne fait pas exception. Chacune de ces générations a ses particularités: sa culture, son attitude, son mode d’apprentissage, sa vision du travail et du changement. Faire cohabiter celles-ci harmonieusement, permet de tirer profit de leurs forces respectives, de les partager, et ainsi d’en faire bénéficier l’ensemble du groupe. La bonne gestion de ces différentes générations représente donc un enjeu important et un défi complexe, dont la réussite conditionnera immanquablement les résultats de l’ensemble. JobsRégions vous présente l’opinion de Frédérique Bruggeman, Managing Director du cabinet de recrutement Robert Half BeLux, qui propose une analogie entre le management de ces générations dans le monde de l’entreprise et celui du football. 
 
L’Union belge de football (URBSFA) a trouvé le successeur de Marc Wilmots. C’est l’Espagnol Roberto Martinez qui aura la tâche de guider nos Diables Rouges vers le succès. De manière assez inhabituelle, l’URBSFA avait publié le profil souhaité du nouvel entraîneur sur son site internet. Parmi les critères, l’Union belge cherchait - et c’est assez remarquable - un coach qui «maîtrise bien le management des générations».
Mais pourquoi l’URBSFA accorde-t-elle autant d’importance à la gestion des générations et de quoi s’agit-il exactement ?
 
La première étape de tout processus de recrutement réussi consiste à rédiger une bonne description de fonction. En publiant en ligne le profil souhaité du nouvel entraîneur fédéral, l’Union belge se pose en employeur transparent. Mais avec huit caractéristiques formulées dans un langage relativement vague, l’Union se contente d’une description relativement sommaire, surtout pour un poste de cette importance. Elle cherche par exemple un «communicateur ouvert et solide, qui maîtrise son contexte social et high performance», mais elle ne détaille pas vraiment le contenu de la fonction (NDLA: le principal aspect de celle-ci étant évidemment largement connu). 
 
Etre le plus précis possible
Pour Mme Bruggeman, cela constitue un élément regrettable, car il ne faut pas sous-estimer l’importance d’une description précise et détaillée du contenu de la fonction, qui permet aux candidats d’avoir une idée claire de leurs tâches et responsabilités potentielles. Une bonne description de fonction offre aussi une base solide pour évaluer l’entraîneur fédéral et, le cas échéant, rectifier le tir. Un aspect qui, selon de nombreux observateurs et analystes, a fait défaut au cours de la collaboration avec Marc Wilmots. Autre constat marquant : l’URBSFA accorde une importance capitale au management des générations. À juste titre. 
Mais pourquoi la gestion des générations est-elle à ce point essentielle à une équipe de football?
La population active actuelle comporte quatre générations : 
 
- les «baby-boomers» (1946-1964), 
- la «génération X» (1965-1977),
- la «génération Y» (1978-1989),
- la «génération Z»(1990-1999). 
 
Chacune de ces générations a une vision, des capacités et un potentiel de croissance qui lui sont propres. Pour mettre en place une équipe gagnante, l’URBSFA a besoin d’un coach fédéral faisant preuve de leadership et capable de gérer différentes générations. Comme dans de nombreuses organisations, l’équipe des Diables Rouges se compose de plusieurs générations caractérisées par des attitudes et des attentes spécifiques. Le sélectionneur doit, en outre, pouvoir faire fonctionner un groupe complet de coaches, de préparateurs physiques et d’analystes comme une équipe soudée. 
 
La «Z» aime s’exprimer
La génération la plus récente, la génération Z – représentée par de jeunes joueurs tels que Thibaut Courtois, les frères Lukaku et Michy Batshuayi –, s’exprime beaucoup plus que les générations antérieures. Cette génération attend des perspectives d’évolution constantes, mais veut aussi un leader / coach passionné, qui joue le rôle de mentor. Elle attend beaucoup en termes de formation et, surtout, de reconnaissance. Les joueurs de la génération Y – incarnée notamment par Vincent Kompany, Dries Mertens et Thomas Vermaelen – veulent avant tout donner un sens à leur travail. Ils apprécient la communication franche et ouverte et sont constamment en quête de nouveaux défis. Ils accordent aussi énormément d’importance à la collaboration ; un point essentiel pour l’équipe belge. L’encadrement des Diables Rouges comprend des personnes issues des générations X et Y. La génération X est celle qui se montre la plus sceptique vis-à-vis de l’autorité (NDLA: ce qui pourrait s’expliquer par le contexte culturel de l’époque de sa naissance). Elle aime prendre des décisions en toute indépendance et elle est continuellement à l’affût d’opportunités. Le divorce avec Lieven Maesschalck, le kiné qui a quitté les Diables Rouges en 2014, car il ne se retrouvait pas dans la vision de Marc Wilmots, illustre parfaitement cet aspect.
 
Les «vieux» sont fidèles
Les baby-boomers sont quant à eux les plus fidèles. Ils ont moins tendance à changer souvent d’emploi et sont ceux qui ont le plus de mal à gérer les changements soudains. Par exemple, l’entraîneur adjoint Vital Borkelmans est un enfant du baby-boom. Il a encore prouvé sa loyauté envers Marc Wilmots récemment («Si le coach part, je pars aussi»). Cette génération possède néanmoins une expertise et des connaissances essentielles ainsi qu’un grand sens des responsabilités envers l’équipe ou l’organisation, et n’hésite donc pas à endosser un rôle de mentor ou de coach pour faciliter le travail de l’équipe. Le nouveau sélectionneur fédéral aura donc tout intérêt à gérer les conflits au sein de l’équipe en tenant compte des générations. Les générations Y et X sont moins sensibles aux critiques et comprennent d’elles-mêmes que certaines décisions doivent être prises pour le bien de l’équipe. Face à un joueur de la génération Z ou un baby-boomer, le coach aura intérêt à expliquer immédiatement son choix dans le cadre d’un entretien individuel afin d’étouffer tout conflit potentiel dans l’oeuf. 
 
Adopter différentes approches selon les âges
Un entraîneur fédéral qui maîtrise le management des générations tient compte des différences et parvient à les exploiter. De plus en plus de managers sont actuellement confrontés à des différences générationnelles au sein de leurs équipes. Il importe de prendre en considération la vision, la mentalité et le mode de communication de chacune de ces générations. 
Il est essentiel d’avoir une approche adaptée à chaque génération et d’appliquer une politique liée à l’âge. Si les Diables Rouges veulent briller à la Coupe du monde qui se tiendra en Russie dans deux ans, le nouveau sélectionneur fédéral sait ce qui lui reste à faire...

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