140 000 nouveaux emplois en 3 ans

n

Ces dernières semaines ont été très douloureuses pour l’emploi en Wallonie et en Belgique. Les deux séismes provoqués par les annonces successives de licenciements chez Caterpillar et ING donnent en effet une image légitimement négative des perspectives à court et moyen terme. Les estimations de la Banque Nationale (BNB), qui doivent toutefois être confirmées dans les semaines qui viennent, font quant à elles état de 21 000 emplois créés tous secteurs confondus sur le 1er semestre 2016. Les deux cataclysmes annoncés avec vacarme et fracas sont-ils donc représentatifs d’une tendance générale, ou doivent-ils plutôt être envisagés comme deux cas isolés ? Tentative d’éclaircissement. 

12 000 emplois perdus ?
Les annonces de ces dernières semaines, même si elles concernent des intentions de licenciements et ne constituent donc pas encore des réalités effectives, ont conduit à un légitime marasme ambiant. Selon les statistiques du SPF Emploi, ce sont en effet pas mois de 12.000 emplois qui seraient menacés par des licenciements collectifs depuis le début de l’année en Belgique, soit près de deux fois plus que pour toute l’année 2015. 


Mais 21 000 créés selon les estimations de la BNB
Mais parallèlement à ces chiffres inquiétants, d’autres sont également à prendre en considération. Le rapport biannuel - Projections économiques pour la Belgique, Printemps 2016 - publié en juin par la Banque Nationale de Belgique fait quant à lui état de perspectives globales plutôt positives. De manière générale, ce rapport soutient que les créations d’emploi ont progressé parallèlement au redressement de la croissance et au soutien de mesures fiscales structurelles, telles que le Tax Shift (Willy Borsus, le ministre des Classes moyennes, Indépendants, PME et de l’Agriculture a récemment annoncé sur base de statistiques de l’ONSS que le nombre de primo-employeurs s’est élevé à 16.100 au premier semestre 2016, ce qui représente une augmentation de 27% par rapport au premier semestre 2015). 


Croissance continue de l’emploi depuis 2014
La reprise amorcée en 2014 s’est confirmée en 2015, avec plus de 41 000 créations nettes d’emplois, un nombre légèrement supérieur aux estimations préalables. Et 2016 semble s’orienter sensiblement vers les mêmes bases puisque les estimations du premier semestre tablent sur 21 000 nouveaux emplois. Toujours selon ce rapport, «La croissance de l’emploi, également soutenue par rapport à l’évolution de l’activité, ne peut être dissociée de la politique de modération des coûts salariaux, qui rend le facteur de production travail relativement meilleur marché et stimule les recrutements, mais également des récentes réformes du marché du travail, notamment de l’assurance chômage.» Selon ses prévisions, la BNB (Banque Nationale de Belgique) prévoit la création de 140 000 nouveaux emplois sur la période 2016-2018. 


2,8% de postes vacants: 2e plus haut taux européen 
Un autre facteur encouragent est le taux de postes vacants, qui s’élèvent en Belgique à 2,8%, ce qui selon les statistiques d’Eurostat représente le second taux le plus élevé d’Europe. Rappelons toutefois que ce taux n’est pas souhaitable intrinsèquement, et qu’il témoigne d’une relative inadéquation structurelle entre l’offre et la demande de main-d’œuvre et entre les qualifications des candidats et les besoins des entreprises. Il n’en demeure pas moins qu’il signifie aussi que de nombreuses opportunités existent. «La demande de main-d’œuvre augmentant plus vite que la population active, le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés devrait continuer de décroître sur toute la période de projection. À la fin de 2018, on dénombrerait ainsi 54 000 chômeurs de moins qu’en 2015. Le taux de chômage harmonisé refléterait ces évolutions : il retomberait respectivement à 8,6 % en 2016, 8,3% en 2017 et enfin à 7,8 % en 2018» conclut à ce sujet le rapport prévisionnel de la BNB.


Une inadéquation préoccupante des qualifications 
Si l’on se réfère aux dires du panel de Directeurs financiers et Responsables RH interrogés par le cabinet de recrutement Robert Half dans le cadre de l’élaboration de son guide annuel des salaires, cette tendance se confirme. Frédérique Bruggeman, Managing Director Robert Half Belux, conclut : « Il y a de plus en plus d’emplois mais, parallèlement, le degré de postes vacants reste très élevé. Beaucoup de postes à pourvoir restent inoccupés et la tendance devient préoccupante. La quasi-totalité des responsables RH éprouve aujourd’hui des difficultés à trouver des effectifs qualifiés. La pénurie de demandeurs d’emploi compétents ne constitue cependant qu’une partie du problème. En effet, les entreprises doivent également simplifier leur recherche de personnel.» 


Mutation des besoins du marché du travail
Il semblerait que notre économie soit avant tout confrontée à une mutation des besoins du marché du travail et rencontrerait donc une transformation de l’emploi plutôt qu’ une crise conjoncturelle. Ainsi parallèlement aux disparitions bien réelles de nombreux types de postes, d’autres se créeraient, en quantité supérieure. Cette tendance est notamment liée à la numérisation de l’économie et à l’automatisation croissante des processus de production.

 
Transition numérique
Cette transition numérique semblant être inéluctable, il convient donc pour nos politiques mais également pour chaque citoyen, de l’appréhender au mieux afin d’en faire une force plutôt qu’une faiblesse. Comme pour les précédents grands virages technologiques, la préparation et l’anticipation, qui ont parfois fait défaut par le passé, seront donc probablement primordiaux. «Nous voulons accompagner cette révolution numérique, pas la subir.» clame ainsi Olivier Chastel, le président du MR. Reste à notre gouvernement fédéral, notamment dans le cadre de ses négociations lors du conclave budgétaire (NDLA - La Commission européenne attend le budget des États-membres pour le 15 octobre.), à s’accorder sur les modalités à adopter pour y parvenir. 

Par

Publié :

Retour à la liste